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[Interview] Mathieu Sage : Champion du monde de ski de vitesse et parrain de la promotion 2019

Mathieu Sage, fondateur de la société MeWe Performance et parrain de la promotion 2019, a concouru au Championnat du monde de ski de vitesse qui se déroulait à Vars du 21 au 23 mars dernier. Champion du monde en 2006 puis 2010 et premier homme à avoir passer la barre des 210 km/h, battant ainsi le record du monde du Kilomètre Lancé à 210,77 km/h avec des skis de descente, il a répondu à nos questions :

 1/ Qu’est-ce qui vous a donné envie de pratiquer le ski de vitesse ?

J’ai découvert le ski de vitesse au début des années 80 dans des reportages télé ou magazines type « Science et Vie junior ». Le paroxysme a été de découvrir en 1986 un kaéliste en première de couverture du Livre Guinness des Inventions car il avait des turbines derrières les mollets…. Puis en 1992, le ski de vitesse est en démonstration aux JO d’Albertville. J’ai 19 ans, j’habite à Bourges et ne suis qu’un skieur occasionnel mais déterminé à pratiquer un jour. En 1994, je pars en Savoie pour poursuivre mes études et démarrer le ski de vitesse. Je rencontre et achète les skis du médaillé olympique d’Albertville : Philippe GOITSCHEL. Le rêve démarre en 1996 avec mes premiers runs aux Arcs sur la mythique piste des JO….

2/ Que ressentez-vous quand vous atteignez 210km/h pendant une descente ?

En ski de vitesse (ou Kilomètre Lancé) il y a 2 disciplines distinctes qui sont fonction du matériel utilisé. La plus rapide est la catégorie « profilée » avec des appendices aérodynamiques, un casque profilé, et des skis de 240 cm. Dans cette discipline, mon record personnel est à 231,66 km/h.

L’autre est la catégorie « production » avec du matériel traditionnel de descente, beaucoup moins technologique, mais plus « rock’n roll » de fait. C’est dans cette discipline que j’ai battu le record du monde en 2006, avec 210,77 km/h.

A 180 km/h, cela commence à taper fort, et à partir de 200 km/h on commence à décoller car l’air se met sous les skis, et au-delà de 220 km/h on est quasiment en lévitation : on ne touche la neige que tous les 30/40 mètres…Les pressions de l’air y sont incroyables, c’est vraiment excellent en terme de sensations car l’air nous enveloppe et nous devons nous battre contre ce dernier et le pénétrer au mieux.

3/ Pendant combien de temps préparez-vous vos compétitions ? Comment vous préparez-vous mentalement ? physiquement ?

Je prépare toute l’année mes compétions de KL (Kilomètre Lancé), en parallèle de mon activité professionnelle. Il y a plusieurs phases dans mes entraînements : une partie estivale et une partie hivernale. L’été, je fais beaucoup de triathlon (format M ou Ironman) ce qui me permet de me faire la « caisse » pour l’hiver. C’est aussi le moment de travailler sur le matériel qui est très technologique et pour autant « fait maison » : casque, bâtons, chaussures trafiquées, ailerons mais aussi le fartage des skis …L’hiver c’est plutôt l’entrainement spécifique : ski de piste, KL, skating et musculation plus strectching. Je ne coupe jamais vraiment, je change juste de discipline, ce qui est très plaisant.

4/ Comment organisez-vous votre emploi du temps entre les entraînements de préparation et votre vie professionnelle en tant que coach et conférencier ?

C’est une gestion hyper millimétrée de mon agenda au niveau de l’année, d’une saison ou encore d’une semaine. Pour cela, la planification et la rigueur sont de mise pour ne pas se laisser déborder et avoir 100 % de maîtrise sur ce dernier. Par ailleurs, dans mon métier je dois être à 100 % avec mes clients, coachés, sportifs, etc….avec une posture d’accompagnant. Ensuite, c’est moi qui me fait accompagner : je dois aussi switcher rapidement et me mettre dans une posture de sportif et de « coaché » à mon tour afin de performer dans mes entraînements.

5/ Comment vous sentez-vous mentalement à quelques heures de la compétition ?

Mentalement, tout est prêt : le skieur, le matériel, etc….. il ne reste plus que tout s’aligne pendant la compétition. Nous sommes sur des réglages très fins dans cette « mécanique de la performance ». On attend ces moments pendant 1 année et on y pense quasiment tous les jours… je pense que tous les skieurs de vitesse autour de la planète fonctionnent de cette manière. A tel point que même les anciens qui ont arrêté depuis 10, 20 ou 30 ans sont scotchés devant les résultats et leurs écrans pendant les compétitions…. Une vraie addiction ! Donc, je suis plutôt bien même si je me suis peu entraîné car les conditions n’étaient pas réunies pour faire des descentes en ce début d’hiver. Je sais que j’ai besoin de beaucoup m’entrainer, mais il faudra faire avec !

6/ Est-ce que vous vous sentez stressé avant une compétition ? Comment gérez-vous cette pression ?

La pression, dans mes différentes activités, j’y suis habitué. C’est quelqu’un de connu !  Après, le stress est un « choix » … ce n’est qu’une perception liée au stress. Soit tu choisis que la pression t’écrase et t’inhibe soit tu choisis que celle-ci est un moteur stimulant et énergisant. Le stress est une perception et un choix… Après sur ce type d’activité sportive où l’implication physique et le risque sont des constantes, un minimum de stress et de vigilance sont nécessaires.

7/ Qu’est-ce que vous apporte le ski de vitesse dans votre vie professionnelle ? et vice versa ?

Le ski de vitesse est devenu un mode de vie. J’ai 46 ans et cela fait 23 ans que je pratique…. J’ai passé la moitié de ma vie à pratiquer ! Le ski de vitesse m’a permis de développer certaines aptitudes ou talents, voire d’utiliser aussi des qualités ou travers que j’avais stocké. Par ailleurs cette activité (ski de vitesse) me permet de tester des méthodes et outils que j’applique ensuite en entreprise : le sport de haut niveau est toujours un laboratoire de recherche. Ce qui m’amuse c’est de voir que la mécanique de la performance est similaire quels que soient les domaines, sportifs ou corporates.

8/ Souhaitez-vous battre un nouveau record personnel ? du monde ? 

Actuellement, je suis revenu en catégorie « profilée » et mon objectif est de pouvoir approcher les 240 km/h avant la fin de ma carrière. Il ne s’agira que d’un record personnel, car actuellement le record du Monde en catégorie « profilé » est à 254 km/h. Après comme tous les sports d’extérieur et encore plus sur celui-ci, les conditions impactent fortement la performance : visibilité, qualité de la neige (nature des cristaux, taille, température de la neige, etc…) mais aussi l’hygrométrie, le système anticyclonique ou dépressionnaire, etc….

Que ce soit ici ou dans d’autres domaines, je ne peux pas concevoir de ne pas progresser : pas obligatoirement sur la performance mais peut-être sur d’autres critères plus « soft ». Le dosage est à trouver pour avoir un juste équilibre est ne pas être « que » dans la recherche de Performance mais bien dans la quête permanente de « Développement ».

 

Mathieu Sage